Pour survivre en temps de guerre : l’aide humanitaire de l’Allemagne à la Syrie

10 janv. 2017

L’Allemagne compte parmi les premiers pays donateurs de l’aide apportée à la population syrienne en détresse dans les régions en guerre. Le ministère fédéral des Affaires étrangères a financé près de soixante‑dix projets humanitaires destinés aux réfugiés syriens en Syrie même et dans les pays limitrophes. Derrière les chiffres se cachent de multiples destins individuels bouleversants. Un travailleur humanitaire raconte :

Faris, quelques instants après sa naissance © Malteser Agrandir l'image (© Malteser ) Faris, 48 cm, 3,4 kg, le crâne recouvert d’un doux duvet brun est un bébé en bonne santé. Venu au monde par césarienne, sa naissance n’a pas été facile. Sans l’intervention des médecins de l’hôpital de campagne syrien Bab al‑Salam à la frontière turque, lui et sa mère n’auraient probablement pas survécus.

Faris est l’un des quelque 70 à 80 nourrissons qui naissent chaque mois à Bab alSalam (Porte de la paix). « Rien qu’au mois d’octobre, 66 césariennes ont été effectuées », indique Janine Lietmeyer, la coordinatrice pour le Proche-Orient de Malteser International, l’organisation humanitaire qui a construit l’hôpital de campagne et le gère avec une organisation partenaire syrienne. Le projet a été financé avec les fonds de l’aide humanitaire du ministère fédéral des Affaires étrangères. En 2016, un montant de deux millions d’euros a été attribué à cet hôpital entretemps hébergé dans un hangar. Selon Janine Lietmeyer, « sans l’appui de l’Allemagne, cet hôpital n’existerait pas. 300 000 personnes ne pourraient pas être soignées ».

Des chirurgiens vasculaires pourront bientôt opérer à l’hôpital de campagne Bab al Salam et contribuer à limiter les amputations © Malteser Agrandir l'image (© Malteser ) Cela signifie que l’on ne pourrait pas opérer les victimes de blessures de guerre typiques, comme celles causées par des shrapnels après des tirs de roquettes ou des bombardements et que beaucoup d’autres patients, surtout des enfants, seraient condamnés à mourir de maladies normalement bénignes mais qui exigent une intervention chirurgicale, par exemple les appendicites. Et les prématurés n’auraient aucune chance de survie. Notamment en raison de la situation catastrophique des soins de santé, l’espérance de vie en Syrie a baissé de vingt ans.

Bab alSalam est l’un des quelque 70 projets humanitaires que le ministère fédéral des Affaires étrangères finance pour soutenir les réfugiés syriens en Syrie et dans les pays limitrophes. Au cours des quatre dernières années, l’Allemagne a consacré 1,25 milliard d’euros à l’aide humanitaire et compte parmi les premiers pays donateurs à venir en aide aux populations qui souffrent de la guerre. Un quart de ces fonds va directement aux organisations humanitaires comme celle de l’ordre de Malte et trois quarts sont versés aux partenaires multilatéraux comme les Nations Unies.

 

Pont aérien pour 100 000 civils coupés du monde extérieur

Le Programme alimentaire mondial de l’ONU effectue des largages de vivres et de médicaments destinés à la population de Deir ez Zor © WFP (UN World Food Programme) Agrandir l'image (© WFP (UN World Food Programme)) L’Allemagne fournit cette aide pour contribuer à soulager les souffrances extrêmes de la population syrienne. Les personnes les plus touchées sont les civils qui se trouvent dans les zones encerclées et assiégées. Sur les 13,5 millions de personnes qui ont besoin d’être aidées en Syrie, près de six millions vivent dans des régions difficilement ou pas du tout accessibles à l’aide humanitaire. La situation des secours est particulièrement dramatique à Deir ez‑Zor, ville située dans le nord‑est de la Syrie. En raison des combats contre l’organisation « État islamique » (EI), la population est quasiment coupée du monde extérieur. Les rares denrées alimentaires encore disponibles sont extrêmement chères. La population souffre de la faim.

En 2016, l’Allemagne a participé à hauteur de dix millions d’euros au pont aérien du Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU. La nourriture, les médicaments et d’autres biens humanitaires fixés sur des palettes munies de parachutes sont acheminés par largage aérien. L’aide humanitaire est larguée en dehors de la ville. Au sol, le personnel du Croissant-Rouge arabe syrien (SARC), l’équivalent de la Croix-Rouge, recueille les palettes et assure la distribution de l’aide.

En 2016, à compter du mois d’avril, le PAM a réussi, après des difficultés initiales, à larguer 2 958 tonnes d’aide alimentaire dans la région. Environ 100 000 habitants de Deir ezZor se sont inscrits auprès du Croissant-Rouge arabe syrien pour bénéficier de rations de nourriture. Le pont aérien a permis d’assurer un approvisionnement minimum de la population. LE PAM estime que 20 000 familles ont pu bénéficier d’une aide.

 

Renforcement de l’aide pour les victimes des mines dans les régions libérées de l’EI

Le personnel du Croissant-Rouge attend les largages de vivres dans la ville syrienne de Deir ez Zor  © WFP (UN World Food Programme) Agrandir l'image (© WFP (UN World Food Programme)) En 2017 également, le ministère fédéral des Affaires étrangères continuera de soutenir un grand nombre de projets et d’actions humanitaires. Il est prévu par exemple de doter l’hôpital de campagne Bab al‑Salam d’une unité de chirurgie vasculaire dont il a grand besoin. En effet, les blessés subissent souvent des amputations alors qu’il serait possible de les éviter avec l’aide de spécialistes. Le nombre de blessés a considérablement augmenté dernièrement, car dans les régions libérées de l’EI, les milices terroristes ont laissé derrière eux beaucoup de pièges explosifs et de mines. Pour les civils qui retournent dans leur village et leur maison, ces pièges sont extrêmement dangereux.

 Selon Janine Lietmeyer, « il n’y a plus un seul chirurgien vasculaire dans tout le nord de la Syrie ». Ils ont quitté depuis longtemps les régions en guerre mais certains se sont réfugiés en Turquie à proximité de leur pays. Comme l’hôpital de campagne Bab alSalam est à la frontière, les spécialistes pourraient venir y travailler pendant la journée et rentrer le soir en Turquie. Ils auraient ainsi un travail qui correspond à leurs capacités et pourraient nourrir leur famille. En même temps, ils éviteraient à nombre de leurs compatriotes des infirmités qui conduisent souvent à la pauvreté et à la dépendance.

 

Pour en savoir plus (en allemand) :

Focus sur la Syrie

 

Situation au 9 janvier 2017

© Ministère fédéral des Affaires étrangères