Oui à une mondialisation équitable

3 mars 2017

Les ministre fédéral des Finances Wolfgang Schäuble © Ministère fédéral des Finances / Thomas Trutschel Agrandir l'image (© Ministère fédéral des Finances / Thomas Trutschel) Les 17 et 18 mars prochains se tiendra à Baden-Baden la réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales des pays du G20. L’Allemagne a pris la présidence de ce groupe dans un contexte particulier et manifesté ainsi sa volonté d’assumer des responsabilités sur le plan de la coopération internationale. Dans un article rédigé pour l’hebdomadaire DIE ZEIT du 2 mars, le ministre fédéral des Finances Wolfgang Schäuble expose les priorités de la présidence allemande du G20 dans le secteur financier et souligne l’importance de la coopération avec l’Afrique.

En prenant la présidence du G20 en début d’année, l’Allemagne a accepté d’assumer dans un contexte particulier des responsabilités sur le plan de la coopération internationale. Certes, l’économie mondiale enregistre une croissance solide et cette tendance semble se confirmer, notamment en Europe. Toutefois, l’inquiétude est grande devant les risques de guerre et de conflit et devant le succès des mouvements populistes. Nous ne pouvions le savoir par avance au moment où nous avons posé notre candidature mais ce contexte nous pousse à agir.

En effet, une chose est claire : ce n’est pas en déployant des initiatives individuelles au niveau national ou même en résiliant des coopérations ou des arrangements au niveau international que nous pourrons relever les défis mondiaux actuels. Il est totalement faux d’affirmer que la coopération internationale est un jeu à somme nulle dans lequel il ne peut y avoir que des gagnants et des perdants. La coopération entre les États a rendu notre cohabitation plus sûre et la division internationale du travail est le fondement de notre prospérité.

Il est vrai, toutefois, que la mondialisation a besoin d’un cadre qui profite à tous les citoyens, et cela à l’échelle mondiale. Pour pouvoir garantir la sécurité et la prospérité à long terme, il faut continuer à réduire l’immense écart de prospérité qui sépare les pays riches et les pays les plus pauvres de la planète, notamment sur le continent africain. Le groupe des 20 qui compte à la fois des pays industrialisés et des pays émergeants est l’enceinte appropriée pour mener une telle politique de régulation au niveau international. Nous ne possédons pas de format qui soit mieux adapté et plus efficace.

Pendant notre présidence du G20, nous entendons approfondir la coopération avec l’Afrique en nous laissant guider par notre stratégie « compact with Africa ». Il s’agit d’une offre de partenariat d’investissement visant à améliorer les conditions cadre des investissements privés dans les pays africains. Nous souhaitons par là inciter les organisations internationales dont l’expertise africaine est reconnue à conclure, en coopération avec des pays africains intéressés et des partenaires bilatéraux, des partenariats étroits pour attirer les investissements privés. Cinq pays africains, la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Rwanda, le Sénégal et la Tunisie, ont déjà manifesté leur intérêt pour un tel projet et je m’en réjouis. Bien sûr, cette stratégie est axée sur le long terme et elle est ouverte à tous les pays africains.

La Banque africaine de développement, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont établi une liste détaillée de modules (mesures et instruments).

Ces modules permettent d’améliorer de manière durable les conditions cadre des investissements privés en Afrique. Il s’agira avant tout de réduire le risque absolu inhérent aux investissements en améliorant le cadre macroéconomique, économique et financier. Ce qui est important, c’est d’élaborer pour chaque partenariat un train de mesures appropriées qui permettent au bout du compte la réalisation des investissements privés qui faisaient défaut, les mesures individuelles étant réalisées jusqu’ici de manière dispersée.

Les pays du G20 accompagneront ce processus et lui apporteront leur appui politique. Nous souhaitons offrir aux pays africains une plate-forme visible pour qu’ils puissent convaincre les acteurs privés de l’amélioration des conditions et des possibilités d’investissement dans leurs pays. La réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales des pays du G20 qui se tiendra les 17 et 18 mars à Baden-Baden offrira aux ministres des Finances de la Côte d’Ivoire, du Maroc, du Rwanda, du Sénégal et de la Tunisie la possibilité de formuler leurs suggestions et leurs attentes. La grande conférence sur l’Afrique à laquelle l’Allemagne conviera les pays du G20 en juin à Berlin entend donner à l’opinion publique une image moderne et plus différenciée de l’Afrique et présenter les contenus essentiels de la stratégie d’investissement.

Nous continuerons bien sûr, parallèlement à cette nouvelle priorité accordée à l’Afrique, à traiter les thématiques traditionnelles du G20. Il faut éviter que ne se reproduise une crise telle que celle que nous avons connue en 2008/2009.

Une régulation cohérente et complète des marchés financiers reste donc notre objectif premier. Il faut également continuer de renforcer la capacité de l’économie mondiale à résister aux crises soudaines.

Pour pouvoir rendre nos pays moins sensibles aux chocs économiques et leur donner les moyens de faire face aux enjeux structurels à long terme, nous avons besoin de mesures qui, si elles s’avèrent difficiles au plan politique, n’en sont pas moins nécessaires. Il s’agit non seulement des dettes qu’il importe de ramener à un niveau supportable mais aussi des réformes structurelles visant à assurer une croissance durable et de la mise en place d’une architecture financière stable et solide à l’échelle internationale. À Baden-Baden, nous adopterons des principes visant à renforcer la résistance aux crises. Ces principes serviront d’orientation aux pays du G20 pour les aider à mettre en œuvre  au niveau national les mesures à adopter dans les stratégies de croissance qu’ils doivent présenter chaque année.

Nous entendons par ailleurs également nous occuper des nouveaux dangers émanant des cyberattaques. Le secteur financier est si étroitement connecté au niveau international qu’une attaque perpétrée contre un établissement financier majeur est toujours susceptible de se répercuter sur plusieurs autres États. C’est pourquoi nous nous mobiliserons dans le cadre de notre présidence du G20 en faveur d’une amélioration significative de la cybersécurité dans le secteur financier tant en Allemagne qu’à l’échelle internationale.

Il est évident que nous continuerons à travailler sur les grands thèmes du G20 visant à mettre en œuvre une fiscalité des entreprises à la fois juste et moderne. Nous n’y parviendrons que par le biais d’une action concertée entre les États. Précisément cette année où elle exerce la présidence du G20, l’Allemagne est appelée à jouer un rôle de courtier honnête et à s’investir auprès des autres pays pour les convaincre qu’un renforcement de la coopération et de la division du travail à l’échelle internationale se traduira par plus de sécurité et de prospérité pour tous.

Situation au 2 mars 2017

© Ministère fédéral des Finances