Karamba Diaby : l’Afrique ne se réduit pas aux crises

23 juil. 2015

Interview du social-démocrate Karamba Diaby, député allemand d’origine africaine, publiée le 10 juin 2015 sur le site Econoafrica.

De nos jours, il est communément admis dans le monde entier que l’Afrique ne se réduit pas à la famine, à la guerre et à la corruption. Ce continent autrefois ravagé par les crises est maintenant surnommé « le continent de l’espoir », voire « la nouvelle Chine ».

Voilà plusieurs années que l’économie africaine croît. C’est ce qui ressort du dernier African Economic Outlook, le rapport économique annuel publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Banque africaine de développement (BAD) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Ainsi, la croissance africaine a bondi de 4,8 points entre 2013 et 2014, et le produit intérieur brut devrait encore augmenter d’un point en 2015. Cette consolidation de l’économie africaine tient non seulement aux échanges commerciaux et aux exportations de matières premières, mais aussi à l’investissement direct étranger (IDE). En effet, l’Afrique est l’une des rares régions du monde à connaître une hausse constante de l’IDE. En volume, ce dernier était déjà passé de 48  milliards à 57 milliards de dollars entre 2011 et 2013.

De nombreux pays d’Afrique ont pu brûler des étapes dans leur développement technologique, par exemple en se dotant d’un réseau de téléphonie mobile couvrant tout leur territoire avant de l’avoir fait pour les lignes fixes © picture alliance/dpa Agrandir l'image (© picture alliance/dpa) Cette croissance offre un formidable potentiel d’innovation. Ainsi, de nombreux pays d’Afrique ont pu brûler des étapes dans leur développement technologique, par exemple en se dotant d’un réseau de téléphonie mobile couvrant tout leur territoire avant de l’avoir fait pour les lignes fixes, ou en accordant la priorité au télérèglement plutôt qu’au développement d’agences bancaires. À l’échelon mondial, un nombre croissant d’entreprises comprennent que l’émergence d’une classe moyenne en Afrique entraîne la création de nouveaux marchés, ce qui les pousse à élaborer et à tester des modèles commerciaux inédits.

Néanmoins, les médias allemands continuent de présenter l’Afrique comme le continent des dictateurs, des réfugiés et des ressources naturelles. Ils évoquent trop rarement les projets de recherche des universités africaines, les start-up prometteuses ou les PME africaines établies. Au lieu de nuancer, ils généralisent. Au lieu de présenter une analyse impartiale, ils tirent des conclusions hâtives, fondées sur des préjugés.

Georg Schmidt, délégué régional chargé de l’Afrique subsaharienne et du Sahel au ministère fédéral des Affaires étrangères © picture alliance/dpa Agrandir l'image (© picture alliance/dpa) « Il suffit pourtant d’y regarder de plus près », souligne régulièrement Georg Schmidt, délégué régional chargé de l’Afrique subsaharienne et du Sahel au ministère fédéral des Affaires étrangères, lors de diverses conférences dévolues à la perception de l’Afrique en Allemagne. À cet effet, le gouvernement fédéral a adopté en 2014 de nouvelles lignes directrices sur l’Afrique. L’Allemagne souhaite dorénavant accompagner le développement de l’Afrique en s’occupant de chaque État.

Les entreprises allemandes auraient elles aussi intérêt à s’engager davantage en Afrique, car ce continent recèle un important potentiel. La création d’infrastructures de transports et le développement d’un approvisionnement énergétique stable offrent des perspectives particulièrement attrayantes à cet égard.

Des programmes tels que l’initiative « Afrika kommt! », mise en place par les entreprises allemandes en faveur des futurs cadres d’Afrique subsaharienne, ou encore l’Association des entreprises germano-africaines montrent d’ores et déjà qu’il est possible d’investir en Afrique. Les modèles de ce type sont importants pour vaincre les préjugés des entrepreneurs allemands sur l’Afrique. À l’heure actuelle, seule une société allemande sur cinq opère en Afrique. Alors que l’IDE a augmenté de 4 points en Afrique l’année dernière, les investissements allemands déclinent petit à petit. Ces réticences reposent non pas sur des arguments économiques fondés, mais pour l’essentiel sur un rejet global, révèle la dernière étude du cabinet KMPG.

La création d’infrastructures de transports et le développement d’un approvisionnement énergétique stable offrent des perspectives particulièrement attrayantes à cet égard © picture alliance/dpa Agrandir l'image (© picture alliance/dpa) Cependant, les États africains doivent créer des structures pour attirer les investisseurs étrangers. Dans de nombreux pays du continent, ces derniers sont découragés par les difficultés administratives et les incertitudes liées au respect de leurs droits. Les télécommunications et la formation de la main-d’œuvre, qui laissent à désirer, rebutent également les investisseurs étrangers. La plupart des gouvernements africains s’efforcent de créer un environnement économique plus attrayant. De leur côté, les entreprises allemandes doivent reconnaître le potentiel de l’Afrique et agir en conséquence.

 

Source : www.econoafrica.com

Traduction : CIDAL / MF

 

Cet article a été traduit et publié avec l’aimable autorisation d’Econoafrica.

 

En savoir plus :

Association des entreprises germano-africaines

© CIDAL

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Karamba Diaby, député allemand d’origine africaine © picture alliance/dpa