Les réfugiés syriens au Liban : petites aides et grands effets

20 avr. 2017

Le ministère fédéral des Affaires étrangères participe au financement d’un nouveau type d’isolation des tentes abritant les réfugiés syriens au Liban. Ce nouveau système permet, en hiver, d’augmenter et, en été, de réduire la température de 10 à 15 degrés.

Le petit Hascham, âgé de deux ans, avec sa maman Dalal al Askar © Ministère fédéral des Affaires étrangères (AA) Agrandir l'image (© Ministère fédéral des Affaires étrangères (AA)) Dalal al‑Askar n’oubliera jamais sa première nuit dans la tente aux parois nouvellement isolées. Pour la première fois, en effet, ses trois petits enfants n’ont pas eu froid. « C’était nettement mieux », dit la jeune mère de 26 ans. « Avant, nous sentions le vent comme si nous étions dehors. » Elle ajoute qu’il fait maintenant plus chaud, qu’il y a moins de courants d’air et qu’on entend un peu moins les autres familles de réfugiés.

Cela fait trois ans que Dalal alAskar vit à Bar Elias au Liban. La frontière syrienne est si proche qu’on peut la voir. La jeune femme vit dans un champ avec quelques centaines d’autres réfugiés syriens. Dans cette région montagneuse de la plaine de la Bekaa, les températures tombent en dessous de zéro l’hiver, et même au printemps, il ne fait guère plus de quatre à cinq degrés après le coucher du soleil. Le fait que Dalal alAskar ne soit plus obligée de chauffer la tente la nuit soulage le maigre budget familial qui se compose d’aides de l’ONU et de petits boulots occasionnels de son mari.

 

L’Allemagne, l’un des principaux donateurs

Avec l’aide de l’Allemagne, le CICR a isolé toutes les tentes © Ministère fédéral des Affaires étrangères (AA) Agrandir l'image (© Ministère fédéral des Affaires étrangères (AA)) Les tentes fournies aux réfugiés ont été équipées par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) d’une couche isolante. Le CICR est cofinancé par la direction générale de la prévention des crises, de la stabilisation, de la consolidation de la paix après les conflits et de l’aide humanitaire du ministère fédéral des Affaires étrangères. L’Allemagne compte parmi les principaux pourvoyeurs de fonds du CICR et du Croissant-Rouge libanais car les réfugiés qui souhaitent rester non loin de chez eux doivent eux aussi pouvoir vivre décemment.

Le CICR a isolé 6000 tentes dans la plaine de la Bekaa, et même 17 000 tentes en tout au Liban. Il n’a pas été facile de trouver le bon matériau, explique Suleiman Bahlak, un employé du Croissant-Rouge libanais chargé de la réalisation pratique du projet. « Il est bien évident qu’aucune entreprise ne fabrique ce genre d’isolant pour tentes », soulignetil. « Nous avons donc dû pas mal expérimenter », ajoutetil. Il fallait que le matériau isolant soit solide, non inflammable, facile d’entretien et surtout pas trop cher. On a donc opté finalement pour du polyéthylène (une matière synthétique thermoplastique) d’une épaisseur de 12 mm et revêtu d’aluminium. « C’est parfait », constate Suleiman Bahlak.

 

L’aide humanitaire, un facteur stabilisateur pour la région

Des dizaines de milliers de réfugiés vivent dans la plaine de la Bekaa près de la frontière syrienne © Ministère fédéral des Affaires étrangères (AA) Agrandir l'image (© Ministère fédéral des Affaires étrangères (AA)) Pour 150 dollars US seulement par tente, il est possible d’obtenir une différence de température de 10 à 15 degrés, qu’il fasse froid ou chaud d’ailleurs, car l’été, la chaleur pose également un problème aux réfugiés. Fixé assez solidement sur des lattes de bois devant les parois de la tente, le matériau isolant peut tenir plusieurs années. Et c’est nécessaire car les organisations humanitaires et les pays donateurs comme l’Allemagne doivent depuis un certain temps déjà viser le long terme. La guerre en Syrie dure en effet déjà depuis six ans. Le Liban a accueilli à lui seul 1,2 million de réfugiés syriens, alors que la population libanaise ne dépasse pas 4,5 millions. L’aide humanitaire ne soulage pas en ce sens uniquement la détresse des Syriens, elle contribue par ailleurs à éviter que cette charge supplémentaire ne déstabilise un pays déjà politiquement fragile.

Les réfugiés se sont eux aussi habitués depuis longtemps à cette situation provisoire qui se prolonge au Liban. Pour Dalal alAskar, originaire de Raqqa, bastion de l’organisation terroriste « État islamique » (EI) en Syrie, cette tente plantée dans un champ à Bar Elias est en quelque sorte devenue sa maison. Son petit dernier Hascham y est même né. Il y a dans la tente un petit poêle et le sol est recouvert de tapis et de nattes bon marché. Au fond de cet abri de fortune, la famille s’est installé un coin cuisine avec un réchaud à gaz et un vieux frigidaire très bruyant. Entre les tentes, l’UNICEF a aménagé des latrines toutes simples qui servent également de douche. Les enfants syriens vont pour la plupart à l’école à Bar Elias, et le CICR soutient un petit dispensaire dans lequel les réfugiés peuvent se faire soigner. Les besoins élémentaires sont couverts. Mais cela n’empêche pas presque tous les Syriens d’avoir le mal du pays, de parler sans arrêt de leurs maisons et de leurs champs. Dalal alAskar pense elle aussi souvent à Raqqa. « Je prie tous les jours de pouvoir rentrer bientôt », soupiretelle.

Situation au 18 avril 2017

© Ministère fédéral des Affaires étrangères