Martin Luther traducteur, linguiste et poète

24 oct. 2017

Monument à la mémoire du Réformateur Martin Luther sur la place du marché de Wittenberg, où Luther lanca le mouvement de la Réforme. Luther tient ici dans sa main sa traduction de la Bible (Ancien et Nouveau Testament) © dpa Agrandir l'image (© dpa) « C’est avec Luther que les Allemands sont devenus un peuple », a écrit J.W. Goethe. La phrase aurait pu être signée Herder, Nietzsche ou Engels. Les écrivains de langue allemande ont été nombreux à reconnaître leur dette envers Martin Luther (1483-1546). Car le Réformateur de Wittenberg n’a pas seulement apporté un renouveau dans le domaine de la foi. Il a aussi, en traduisant la Bible en allemand, unifié et vivifié sa langue maternelle. Les expressions que l’on utilise couramment aujourd’hui et qu’il a forgées se comptent par dizaines.

 

Comment parlerait-on sans Luther ?

Sans Martin Luther, on ne parlerait ni de bouche-trou (Lückenbüßer), ni de personnalités lunatiques (wetterwendig) ou paisibles (friedfertig). Il n’y aurait pas de parole d’autorité (Machwort), de patience à toute épreuve (Langmut), ni de gens de peu de foi (kleingläubig).

Luther débutant la traduction du Nouveau Testament au château de la Wartburg (Thuringe), 1847, von Gustav König (1808-1869) © dpa Agrandir l'image (© dpa) L’Orient ne serait pas le « pays du matin » (Morgenland). Un texte abscons ne serait pas « un livre cacheté de sept sceaux » (ein Buch mit sieben Siegeln). On ne pourrait pas « bâtir sur du sable » (auf Sand bauen), ni « mettre sa lampe sous le boisseau » (Sein Licht unter den Scheffel stellen).

On ne saurait pas ce qu’est une « pierre d’achoppement » (Stein des Anstoßes). On n’emploierait pas toute une série d’expressions pourtant bien ancrées dans le langage populaire : « être aveugle » (mit Blindheit geschlagen sein), « Nul ne peut servir deux maîtres » (Niemand kann zwei Herren dienen), « l’homme ne vit pas seulement de pain » (Der Mensch lebt nicht von Brot allein).

L’« idole » (Götze) ne ressemblerait ni à Mickaël Jackson, ni à Beyoncé : ce serait une image sainte. Et le terme Beruf (profession), dans lequel résonne encore l’idée de vocation (Berufung), resterait réservé au sacerdoce des religieux.

 

Inventeur d’images qui parlent à tous

La langue de Luther est inventive, poétique et d’une redoutable précision. Le Réformateur n’a pas ménagé sa peine lorsqu’il a traduit le texte grec original de la Bible en allemand. Et pour cause : son intention était de permettre à chaque individu d’accéder à ce qui était à ses yeux la seule source de la foi, et donc du salut, l’Évangile.

Luther a suivi une méthode précise et innovante : écouter la langue que parlent les gens pour trouver une traduction qui leur parle. Son éloquence, sa créativité et son perfectionnisme (il passera des journées entières sur une expression et retravaillera sa traduction toute son sa vie) ont fait le reste. L’invention de l’imprimerie a donné à ses écrits une large diffusion.

C’est sous le pseudonyme de « Junker Jörg », personnage barbu et sans tonsure, que le moine Martin Luther fut caché pendant dix mois au château de la Wartburg (Thuringe). Une durée qu’il mit à profit pour traduire le Nouveau testament en un temps record © dpa Agrandir l'image (© dpa) Traducteur attentif au langage et créateur d’images poétiques, Luther se moquait volontiers des traductions littérales qui, loin de faire passer le sens d’un texte d’une langue dans une autre, le dénaturent. Moine, docteur en théologie et professeur à l’université, il a réussi le tour de force de transcrire un message exigeant dans une langue simple, accessible et néanmoins soutenue.

Il avait peut-être un avantage. En effet, en tant que religieux érudit, il parlait le latin aussi bien que l’allemand. Mais surtout, il venait d’une région située à la frontière entre les deux grandes aires linguistiques (l’Allemagne du Sud et l’Allemagne du Nord) de l’époque. Il fut donc confronté très jeune à ces deux langues, dont les locuteurs peinaient à se comprendre, ainsi qu’aux multiples dialectes (on en comptait 18) qui parsemaient les États allemands de l’époque.

Quoi qu’il en soit, Luther avait un goût et un talent certains pour la création langagière. L’admiration des écrivains pour son œuvre n’a donc rien d’étonnant. Si Luther n’a pas inventé l’allemand moderne, il a apporté la contribution décisive à son épanouissement.

A.L.

 

Plus d’informations :

Site officiel du 500e anniversaire de la Réforme (en allemand, anglais, français)

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