Exposition : quand le passé colonial parle à travers l’art

27 sept. 2017

Paula Modersohn-Becker, Nature morte avec pommes et bananes, 1905. Tempera sur toile, 67 x 84 cm © Kunsthalle Bremen – Der Kunstverein in Bremen Agrandir l'image (© Kunsthalle Bremen – Der Kunstverein in Bremen) La Tate Britain de Londres avait ouvert la voie. C’est désormais au tour d’un musée allemand de s’interroger, pour la première fois, sur les traces laissées par le passé colonial dans l’art et la publicité. Jusqu’au 19 novembre, la Kunsthalle de Brême présente l’exposition « Le point aveugle. Brême et l’art à l’époque coloniale ». Elle revisite les collections et l’histoire du musée à la lumière des recherches scientifiques récentes.

Brême était le lieu idéal pour un tel projet, réalisé avec le soutien de la Fondation culturelle de l’État fédéral allemand. Car la cité hanséatique a été un carrefour florissant du commerce international au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Elle profitait alors de l’expansion coloniale et de l’émigration de millions d’Allemands outre-mer. Elle avait tissé des liens étroits avec le reste du monde. Et cela a imprégné sa Société des Beaux-Arts, fondée en 1823.

Artiste inconnu, Yoruba, Nigeria, Queen Victoria, um 1900 © Völkerkundemuseum Hamburg, Foto: Brigitte Saal Agrandir l'image (© Völkerkundemuseum Hamburg, Foto: Brigitte Saal) Mais jusqu’à présent, ces traces étaient restées parfaitement enfouies, explique Julia Binter, chercheuse en sciences culturelles et sociales et commissaire de l’exposition. « L’objectif de notre projet de recherche est de [les] rendre visibles. […]

L’exposition explore, par exemple, la fascination des artistes de la modernité pour les arts d’Afrique et d’Océanie. Paula Moderson-Becker, August Macke, Max Pechstein ou Karl Schmidt-Rottluff : ils y ont tous cédé. Mais ces artistes ne cherchaient nullement à comprendre le contexte culturel des artistes dont ils s’inspiraient, montre l’exposition. Ils leur refusaient même le statut d’auteurs de leurs œuvres. En réalité, cet art leur servait surtout à projeter leurs propres rêves et leur propre imagination.

 

Former le regard critique

Boîtes de produits coloniaux des entreprises Westhop, à Brême F.Olop & Co. und GEG, début du XXe s. © Übersee-Museum Bremen, Foto: Matthias Haase Agrandir l'image (© Übersee-Museum Bremen, Foto: Matthias Haase) Il s’agit d’éduquer au regard critique, explique Mme Binter. « La notion de point aveugle, qui vient de l’ophtalmologie, désigne la partie de l’œil qui ne possède aucun récepteur pour capter la lumière et qui ne voit donc pas ». Il s’agit de révéler les points aveugles de la collection de la Kunsthalle de Brême liés à l’histoire coloniale. « Ce sont des points que nous ne pouvons que difficilement percevoir parce nous possédons des schémas de perception ancrés et en raison d’une sensibilisation insuffisante aux thèmes coloniaux ».

Cela ouvre sur des questionnements plus vastes. L’exposition amène ainsi à « s’interroger sur la manière dont l’’autre’, l’’étranger’ était représenté, et sur ce que cela révèle de notre rapport à cet ‘autre’ ». Car, explique Mme Binter, « l’étranger est une construction qui n’existe que par rapport à ce que nous avons en propre ».

A.L.

 

Plus d’informations :

Kunsthalle de Brême (en allemand)

© CIDAL

Exposition « Le point aveugle. Brême et l’art à l’époque coloniale »

Emil Nolde, Tête d’indigène de face, 1913/14, Aquarelle sur papier japon, 48,2 x 34,7 cm Kunsthalle Bremen – Der Kunstverein in Bremen, Kupferstichkabinett © Nolde Stiftung Seebüll