Exposition : Francfort ou l’effervescence créatrice

22 sept. 2017

Elle fascine les artistes. Mais qu’on se le dise, Berlin n’a pas l’exclusivité de la créativité ! Fédéralisme oblige, l’Allemagne regorge de jeunes pousses prometteuses dispersées aux quatre coins du pays. Des artistes qui travaillent à Leipzig, à Hambourg, en Rhénanie. Ou bien à Francfort, où nous emmène la nouvelle exposition du Goethe Institut de Paris, « BASIS.APERçU » (jusqu’au 29 octobre).

 

« Basis »

© Viola Bittl: Ohne Titel III, 2017, Öl auf Leinwand, 55 x 68 cm Agrandir l'image (© Viola Bittl: Ohne Titel III, 2017, Öl auf Leinwand, 55 x 68 cm) « Basis » désigne une plateforme artistique. Lancée en 2006, c’est une pépinière de talents où travaillent et exposent quelque 150 jeunes artistes et créateurs. Pour la plupart, ils ont été formés dans les prestigieuses écoles d’art de la région : l’École Städel de Francfort (Städelschule), l’École supérieure des arts appliqués d’Offenbach (Hochschule für Gestaltung) ou l’École supérieure des études théâtrales de Giessen (Hochschule für Theaterwissenschaften). Mais certains viennent de l’étranger. Il s’agit d’encourager les échanges avec les centres artistiques émergents du monde entier.

Les 126 ateliers de Basis réunissent tous les styles, toutes les approches, tous les types de supports. « L’exposition entend donner un aperçu de cette incroyable diversité », explique Katharina Scriba, responsable de la programmation culturelle du Goethe Institut de Paris. Le dessin côtoie la peinture, le collage, la musique ou la vidéo.

 

De jeunes pousses inspirées

© Lilly Lulay: Liquid Portrait Sculpture Agrandir l'image (© Lilly Lulay: Liquid Portrait Sculpture) S’il faut trouver un fil conducteur, c’est certainement l’inventivité, alliée à une réflexion sur les nouvelles technologies de communication. Le compositeur Hannes Seidl, par exemple, utilise dans son installation Mehr als die Hälfte un filtre mp3 inversé. Au lieu d’entendre le son compressé, ce sont les données normalement effacées (jusqu’à 90 % du son) qui deviennent audibles. Expérience saisissante. Et qui le sera plus encore lors de la Nuit Blanche (7 octobre) puisque l’installation accueillera un concert.

C’est un fait, la révolution numérique inspire la jeune garde francfortoise. Margarethe Kollmer présente un film et une installation (The Thing Is) réalisés à partir du même fichier : les images de deux corps entremêlés. Mais l’image en deux dimensions du film ne peut être imprimée en trois dimensions qu’avec des erreurs puisque des informations manquent. La pose devient surréaliste. La jeune créatrice nous fait ainsi toucher du doigt le décalage qu’introduit dans nos vies l’émergence de la réalité numérique.

 

Facebook & Co.

© Lena Ditlmann: 07.217 (2), 2017 Agrandir l'image (© Lena Ditlmann: 07.217 (2), 2017 ) Dans une veine similaire, Lilly Lulay renouvelle l’art du portrait à partir d’un profil Facebook. Son installation Liquid Portrait ffbarchive19012016, déjà exposée d’Athènes à Vienne, en compile les photos, préalablement imprimées et ciselées pour ne laisser apparaître que des silhouettes. Chaque cliché est ensuite accroché sur une sorte d’arbre dont les branches forment un réseau.

Apparaît alors en trois dimensions la réalité de nos identités numériques : fabriquées, fragmentées, multiples, pour partie empruntées à d’autres et mouvantes (la place des photos change à chaque déplacement de l’œuvre). « Là où le portrait photo figeait, le portrait numérique ‘sculpté’ n’existe qu’en évolution », explique Lilly Lulay. L’installation se double d’une vidéo sur le même sujet (une « sculpture à plat »), ainsi que d’une réflexion sur la culture de l’image sur Facebook.

Mais tous les artistes francfortois ne sont pas fascinés par le numérique. Certains préfèrent s’isoler de l’effervescence du monde pour mieux libérer l’imagination du spectateur. C’est le cas des dessins de Lena Ditlmann. Loin des prises de positions politiques, la jeune artiste dit travailler « dans un grand silence » et souhaite créer « un effet apaisant ». Elle a développé son propre canon de formes, de couleurs, de lignes et de signes, et elle les utilise pour tracer sur le papier des figures intuitives, spontanément symétriques. Ses motifs semblent planer au-dessus de leur fond sombre. Des dizaines d’associations apparaissent. Une œuvre précise et minimaliste, toute en subtilité et en sensibilité.

A.L.

 

Exposition BASIS.APERçU

Au Goethe Institut de Paris du 15 septembre au 29 octobre 2017

17 avenue d’Iéna

75116 Paris

www.goethe.de/ins/fr/de/sta/par/ver.cfm?fuseaction=events.detail&event_id=21025693

© CIDAL