Theodor Storm ou la mélancolie du Nord

19 sept. 2017

L’écrivain et poète allemand Theodor Storm (1817-1888) © dpa Agrandir l'image (© dpa) Thomas Mann le considérait comme un « maître ». Les lycéens lisent sa nouvelle testamentaire L’homme au cheval blanc (Der Schmimmelreiter) comme un classique au même titre que le Faust de Goethe. Et voilà bien longtemps qu’on ne voit plus en lui un simple poète régional, chantre des rivages du nord et de « la ville grise au bord de la mer grise », mais un inspirateur. Il y a 200 ans naissait à Husum (Schleswig-Holstein) l’écrivain allemand Theodor Storm (1817-1888). Il est l’auteur d’une œuvre pleine de magie et de mélancolie.

Fils d’un avocat, Theodor Storm avait baigné enfant dans une atmosphère pleine de magie. Sa grand-mère lui lisait des légendes et des histoires de fantômes. Ces histoires ne devaient plus le quitter.

Musée Theodor Storm à Husum (Schleswig-Holstein) © dpa Agrandir l'image (© dpa) Étudiant en droit à Kiel, puis à Berlin, Theodor Storm eut à cœur de rassembler avec ses amis Theodor et Tycho Mommsen, les légendes, les contes et les chansons de sa région natale. En 1843, ce travail donna lieu à sa première publication, le Livre des chants des trois amis (1843). Mais il lui fallut attendre 1949 pour connaître un début de notoriété avec Immersee, une nouvelle nostalgique et mélancolique sur le paradis perdu de l’enfance.

 

Réalisme poétique et magie

Toutefois, c’est en tant que poète que Theodor Storm aimait à se définir. Viscéralement attaché à sa région natale, il en a chanté les paysages dans une langue évocatrice et simple, très musicale. Cela a fait de lui l’une des figures du réalisme poétique allemand, dans la lignée d’un Eduard Mörike dont il était l’ami.

Husum, ville natale de l’écrivain Theodor Storm, dans le nord de l’Allemagne © picture alliance / blickwinkel/U Agrandir l'image (© picture alliance / blickwinkel/U) Cependant, qu’il évoque la terre, la famille ou l’amour, son lyrisme est habité d’une tension, d’une contradiction. Tension entre la vision idyllique et la réalité humaine. Mais aussi tension entre l’attrait pour les mythes et les légendes et le réalisme concret. Theodor Storm, qui était par ailleurs avocat, se voulait un fils des Lumières. Lorsqu’il évoque la société, il se montre d’ailleurs très critique envers la noblesse et le clergé.

Cette ambivalence fait la richesse de son œuvre. On la retrouve aussi dans ses nouvelles, magnifiée par une analyse affinée de la psychologie humaine. Et elle explique sans doute pourquoi celle-ci a inspiré jusqu’à aujourd’hui les écrivains et les musiciens, de Siegfried Lenz à Tilman Spreckelsen.

Publiée l’année de sa mort, la nouvelle L’homme au cheval blanc en offre un bel exemple. L’histoire, racontée à travers le prisme subjectif de trois personnages, confronte deux interprétations du monde, l’une mythique et légendaire, l’autre moderne et héritée des Lumières. Quelle histoire est la « vraie » ? Il est impossible de trancher…


A.L.

 

Plus d’informations :

Société Theodor Storm (en allemand)

Musée Theodor Storm et maison natale de l'écrivain à Husum (en allemand)

Office du tourisme de Husum (en allemand)

© CIDAL