Les lauréats du prix franco-allemand des droits de l'Homme 2017

5 déc. 2017

Prix franco-allemand des droits de l'Homme et de l'État de droit © Ministère fédéral des Affaires étrangères Agrandir l'image (© Ministère fédéral des Affaires étrangères) Le lundi 4 décembre, le ministre fédéral des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, et son homologue français, Jean-Yves Le Drian, ont rendu publics les lauréats du Prix franco-allemand des droits de l'Homme et de l'État de droit. Une médaille a été décernée à 15 femmes et hommes qui œuvrent avec la plus grande détermination, et souvent au péril de leur vie, pour défendre les droits d'autres êtres humains. Les deux ministres ont déclaré « souligner ainsi que nos deux pays n'accepteront pas que les droits de l'Homme et l'État de droit subissent des pressions toujours plus fortes ». Le parcours de ces militantes et militants est impressionnant. Voici les lauréats de cette année :

 

Adilur Rahman Khan s'engage en tant que président de l'ONG Odhikar (« droit » en bengali) à promouvoir les droits de l’Homme au Bangladesh. Militant de premier plan, il est aussi actif dans différents réseaux de défenseurs des droits de l’Homme en Asie. Il a en permanence fait l’objet de mesures de surveillance et de menaces pour ses prises de parole sur les disparitions forcées, la torture et les meurtres extrajudiciaires. En 2013, à la suite d’un rapport d’Odhikar sur des suspicions de meurtres extrajudiciaires, il a été enlevé et incarcéré. Il a été libéré sous caution par la Cour Suprême après 62 jours de détention. Lorsqu’il était lui-même avocat à la Cour Suprême, Adilur Rahman KHAN luttait pour l’État de droit et l’accès à la justice des pauvres et des exclus. Il a obtenu la libération de 300 détenus issus d’une communauté ethnique des Chittagong Hill Tracts.

 

Nounongnon Balbylas Gbaguidi, né en 1956 à Savalou, est le coordinateur national de « Prisonniers Sans Frontières Bénin ». Il s'engage depuis plus de vingt ans en faveur de l'amélioration des conditions dans les établissements pénitentiaires du Bénin. Il intervient en particulier pour améliorer l’accueil des femmes et des enfants ainsi que l'accès des prisonniers à la nourriture et aux soins, et il apporte aux détenus un soutien juridique et une aide concrète en vue de leur réinsertion dans la société. Juriste de formation, il préside la coalition des ONG de défense des droits de l’Homme dans le Nord-Bénin et dirige le centre d’éducation aux droits de l’Homme de Parakou.

 

Gracia Violeta Ross Quiroga est une activiste bolivienne séropositive depuis l’année 2000 et victime de violences sexuelles. En tant que défenseur des droits de l’Homme, elle est spécialisée dans le droit à l’accès à la santé et à l’équité de genre. Mme Ross est actuellement présidente du réseau bolivien des personnes vivant avec le VIH (REDBOL). Elle est une personnalité internationale de la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, ainsi que pour l’élimination des contraintes en matière de propriété intellectuelle. Mme Ross est également membre du Comité contre le racisme et toute forme de discrimination en Bolivie et du Comité inter-programme tuberculose-VIH ainsi que vice-présidente du conseil national sur le SIDA.

 

Ragia Omran est une avocate égyptienne engagée, membre du Conseil national pour les droits de l’Homme égyptien. Elle fait partie des membres fondateurs du Front pour la défense des manifestants égyptiens (Front to Defend Egypt’s Protesters) et de la campagne « Non aux procès militaires pour les civils » (No to Military Trials for Civilians), deux groupes qui fournissent une aide légale et un soutien aux familles de détenus. Elle travaille également comme bénévole au « Hisham Moubarak Law Center », qui propose une aide légale gratuite pour les victimes de tortures et de détentions arbitraires. Elle est par ailleurs membre actif de plusieurs organisations de la société civile égyptienne. De 2005 à 2008, elle a présidé la New Woman Foundation et elle est aussi membre de « Shayfeencom », une organisation non partisane à but non lucratif spécialisée dans la transparence et le suivi des élections.

 

César Ricaurte, journaliste équatorien, a dénoncé, en tant que directeur exécutif de la « Fondation andine d’étude et d’observation sociale des médias » (FUNDAMEDIOS), les attaques contre la presse ainsi que les atteintes à la liberté de la presse et à la liberté d'expression par le gouvernement équatorien. Il a fondé FUNDAMEDIOS en 2007, et cette fondation s'emploie depuis à défendre et promouvoir le droit à la liberté de la presse et à la liberté d’expression et encourage le perfectionnement de journalistes.

 

Abdullah Al Khonaini, né en 1987, est un jeune activiste de la société civile koweïtienne qui, au cours des 9 dernières années, a pris part à l’ONG « Sout Al Kuwait », une organisation à but non lucratif qui vise à promouvoir la conscience constitutionnelle au Koweït via divers médias. Il travaille par ailleurs sur des projets, publications et campagnes ayant trait à la prise de conscience civile et constitutionnelle. Il est cofondateur de « Raqib50 », un site internet à but non lucratif qui surveille les activités du parlement au Koweït et oblige les parlementaires à rendre des comptes au public sur les votes. Cet expert en sciences politiques est également le fondateur de « meem3 », mouvement de la société civile qui milite pour un assouplissement de la politique de censure. En tant que formateur et présentateur de « n-mu youth », un programme d’autonomisation de la jeunesse, il s'est fixé pour objectif de leur fournir les outils leur permettant d’être socialement actifs au sein de leur propre communauté.

 

Bekim Asani a fondé l’ONG « LGBTI United Tetovo », la première organisation LGBTI officiellement enregistrée en dehors de la capitale Skopje, une organisation qui s’engage pour inclure les personnes LGBTI dont la situation dans les Balkans est caractérisée par l’homophobie et l’exclusion. Il s'engage par ailleurs en faveur du dialogue interethnique à Tetovo. De sa propre initiative, par exemple, il a fondé à Tetovo le premier journal scolaire multiethnique « POINT », auquel participent des jeunes macédoniens, albanais et turcs. Bekim Asani s’engage par ailleurs activement en faveur des droits des femmes, des droits des Rom et Sinti et de davantage de droits pour les enfants des rues. En raison de son engagement, cet activiste des droits de l’Homme est constamment menacé et intimidé : en 2013, il a été enlevé pendant six heures. Après un discours à la Pride Parade en 2015 à Amsterdam, Bekim Asani a reçu plus de 200 messages haineux et menaces de mort.

 

Mandira Sharma travaille depuis plus de vingt ans à promouvoir les droits de l’Homme et les règles de droit se concentrant sur la torture, les crimes extrajudiciaires, les disparitions forcées et les violences sexuelles faites aux femmes. Connue pour ses prises de position contre l’impunité, elle promeut activement une approche globale de la justice transitionnelle afin de résoudre les cas de violation des droits de l’Homme qui ont eu lieu au Népal par le passé. Elle représente aussi de nombreuses victimes devant le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU. Elle est la fondatrice de l’ONG népalaise « Advocacy Forum » qui a pour but de recenser les cas de violations des droits de l’Homme de manière systématique, d’offrir une assistance légale gratuite aux victimes et plus généralement de sensibiliser les décideurs pour prévenir de nouvelles violations. Au milieu du conflit armé au Népal, elle a mis en place et formé une équipe de plus de 100 avocats et défenseurs des droits de l’Homme qui ont contribué à documenter plus de 8000 cas à ce jour.

 

Grace Osakue est cofondatrice et présidente de Girls’ Power Initiative (GPI) Nigeria, une organisation qui vise à soutenir les femmes et les jeunes en renforçant leurs compétences et en leur offrant une éducation sexuelle complète. GPI prend notamment en charge des victimes de la traite d’êtres humains et cherche à prévenir ce fléau notamment en sensibilisant les communautés. Au cours des dix-huit dernières années, elle a également coordonné les travaux de GPI sur la traite des êtres humains, qui ont couvert les recherches, la sensibilisation pour la prévention et la réhabilitation des victimes. Grace Osakue est par ailleurs directrice d’un lycée à Benin City, coordinatrice du Réseau Afrique de l’Ouest pour la Protection des Enfants au Nigéria-Sud, membre du conseil d’administration du Réseau d’organisations de la société civile contre la traite des enfants, le travail des enfants et les abus, et présidente du conseil d’administration de l’initiative Brave Heart pour les femmes et les jeunes.

 

Rosemarie Trajano est secrétaire générale de la « Philippine Alliance of Human Rights Advocates » (PAHRA), qui regroupe une cinquantaine d’organisations de défense des droits de l’Homme actives dans le pays. Elle a réussi à rassembler l’engagement de la société civile en matière de droits de l’Homme aux Philippines, dans un environnement de plus en plus difficile pour les défenseurs des droits de l’Homme. Infirmière de formation, elle travaille pour la défense des droits de l’Homme depuis 1986. En tant que collaboratrice au sein du « Medical Action Group », elle a documenté des violations des droits de l’Homme et fourni une aide médicale et psychosociale aux victimes de tortures ainsi qu’aux familles des victimes de meurtres extrajudiciaires et de disparitions forcées. Elle assiste également des travailleuses migrantes philippines afin qu’elles bénéficient d’une aide juridique et psychosociale et aide les femmes victimes de la traite des êtres humains.

 

Elena Milashina est une journaliste d’investigation au journal indépendant russe « Novaya Gazeta » qui a obtenu plusieurs prix pour son travail. Depuis l’assassinat d’Anna Politkovskaïa en 2006, Elena Milashina fait des recherches et des reportages sur les graves violations des droits de l’Homme en Tchétchénie et elle est considérée comme l'une des personnes qui connaissent le mieux la situation sur place. Elle enquête et relaie des informations sur des disparitions forcées, des détentions arbitraires, des exécutions extrajudiciaires, des cas de torture, des persécutions de proches d’insurgés présumés, ainsi que sur les droits des femmes en Tchétchénie et dans d'autres régions du pays. Elle a également joué un rôle clé dans l’enquête indépendante sur le meurtre de la militante des droits de l’Homme tchétchène Natalia Estemirova. Elena Milashina a dévoilé la répression massive contre les hommes homosexuels en Tchétchénie en avril 2017. Elle a documenté les atrocités commises par les deux camps durant la guerre russo-géorgienne de 2008 et a plaidé pour la fin de l’impunité. Elle a reçu à de nombreuses reprises des menaces de mort de la part des autorités tchétchènes.

 

Shreen Abdul Saroor, née en 1969, est la fondatrice de la « Mannar Women’s Development Federation » (MWDF). Elle est également membre fondatrice du « Women’s Action Network », un collectif de 11 groupes de femmes qui travaillent principalement dans le nord et l’est de Sri Lanka. Les deux organisations se concentrent sur la lutte contre les violences sexistes. Bien que la guerre à Sri Lanka ait pris fin en 2009, les veuves de guerre et les ménages de femmes seules sont encore confrontés à de nombreuses difficultés. Shreen Abdul Saroor donne à ces femmes une voix en plaidant leur cause et par le biais du lobbying et les soutient également dans leur recherche de membres de la famille disparus. Les défis rencontrés par Shreen Abdul Saroor à travers sa propre expérience d’expulsion forcée et de déplacement du nord du pays par les Tigres libérateurs de l’Eelam tamoul (LTTE) en 1990, avec les membres de sa communauté, sont à l’origine de son activisme. Outre son intérêt pour les droits et l’autonomisation des femmes, son action reconnue internationalement vise également à réconcilier les communautés déplacées tamoules et musulmanes.

 

Kerem Altiparmak, né en 1973, est avocat, militant des droits de l’Homme et professeur de droit. Il était, jusqu’en octobre, directeur du centre des droits de l’Homme de la faculté de sciences politiques de l’Université d’Ankara. Il travaille actuellement avec la Plateforme commune des droits de l’Homme sur le suivi de la mise en œuvre des jugements de la CEDH en Turquie. Il travaille également avec Yaman Akdeniz (Université Bilgi d’Istanbul) sur un projet visant à former des avocats, organiser des conseils juridiques aux étudiants et soutenir des cyber-activistes et des représentants de la société civile. Ensemble, ils ont gagné en 2014 et 2015 plusieurs appels devant la cour constitutionnelle turque afin de lever les interdictions visant Youtube et Twitter en Turquie.

 

Pavlo Lysianskyi, né en1987, est avocat, défenseur des droits de l’Homme et médiateur formé en Allemagne. Il est le chef de l’organisation non-gouvernementale « Groupe oriental des droits de l’Homme », créée en 2014 par des juristes déplacés internes. Pavlo Lysianskyi et le « Groupe oriental des droits de l’Homme » défendent les droits de l’Homme dans les villes et villages de l’est de l’Ukraine près de la zone de contact. Ils veillent sur le respect des droits de l’Homme dans les lieux de détention, s’engagent contre le travail forcé et contre la détention illégale dans les zones échappant au contrôle gouvernemental. En 2017, il a facilité la libération d’Alexandre Yefrechine, illégalement détenu par les séparatistes. Dans un projet actuel, il s’occupe de la création d’un réseau régional de défenseurs des droits de l’Homme.

 

Liliana Ortega Mendoza, née en 1965, est Vénézuélienne, fondatrice de l'ONG COFAVIC (Comité des familles des victimes des événements de février-mars 1989), une des ONG les plus reconnues du Venezuela. Grâce à son travail et sa détermination, l’avocate et professeur de droit a contribué à aider les victimes issues de groupes vulnérables de la société à s’organiser et les a soutenues pour porter leur cas devant les instances internationales de défense des droits de l'homme. Liliana Ortega Mendoza a représenté juridiquement les victimes du Caracazo de 1989. Depuis, en tant que directrice du COFAVIC, elle est une référence pour l’établissement de normes pour la documentation de cas d’exécutions extra-judiciaires, de tortures et de disparitions forcées. La revue « Time magazine » l’a choisie (en 1999) comme l’une des 50 dirigeantes du Nouveau Millénaire en Amérique latine.

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