Les animaux, synonymes de vie

14 nov. 2017


Vétérinaires sans frontières en Ethiopie © Vétérinaires sans frontières Germany/Cornelia Heine Agrandir l'image (© Vétérinaires sans frontières Germany/Cornelia Heine) En mars 2017, Cornelia Heine, Gerald Gerlach et Wilhelm Dühnen atterrissent en Éthiopie, à Semera, la capitale de l’Afar, une région semi-désertique extrêmement aride. Deux millions d’habitants y vivent, la plupart étant des bergers nomades. Les trois Allemands font partie de l’équipe de Vétérinaires sans frontières Germany en charge de six projets humanitaires en Afar. Ils veulent voir si et comment ces projets fonctionnent. L’Afar est l’une des régions les plus chaudes de la planète, où il tombe souvent moins de 400 mm de précipitations par an et où les températures peuvent monter à plus de 50 °C. Les vétérinaires y rencontrent Esmael, le directeur de projet local de l’organisation. C’est lui qui a mis sur pied le premier projet dans la région, où Vétérinaires sans frontières est la première ONG étrangère à s’être implantée.

Un enfant avec sa chèvre en Ethiopie © Vétérinaires sans frontières Germany/Cornelia Heine Agrandir l'image (© Vétérinaires sans frontières Germany/Cornelia Heine) La région située au nord-est de l’Afrique a connu en 2016 sa plus grave sécheresse depuis 30 ans. Dans l’Afar, plus de 500 000 bêtes sont morte par manque d’eau et de fourrage, ou en raison de maladies infectieuses car elles étaient affaiblies par la sécheresse. Et lorsque les troupeaux meurent, les habitants perdent une source vitale d’alimentation. En outre, la peste des petits ruminants (PPR) sévit en Éthiopie comme dans d’autres pays africains : il s’agit d’une infection virale extrêmement contagieuse qui constitue l’un des plus graves problèmes de la région. Nombre de moutons et de chèvres y succombent, et les troupeaux, décimés, permettent de moins en moins aux habitants de survivre.

Comme l’explique Cornelia Heine, l’organisation humanitaire forme des rapporteurs, appelés Community Animal Disease Reporters, qui décèlent et signalent rapidement l’apparition de la maladie. L’ONG organise alors immédiatement la vaccination des troupeaux touchés. Cette vaccination fait partie d’un plan général d’éradication de l’épidémie établi par l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). La variole et la peste bovine ont été éradiquées grâce à ce type de programme. Vétérinaires sans frontières a également fortement contribué à l’éradication de la peste bovine dans les années 1990 en formant des assistants de la santé animale en Afrique de l’Est.

Une contribution importante à la lutte contre les causes de l’émigration

En 2016, les vétérinaires ont aidé un total de 3,2 millions de personnes en Afrique, notamment en vermifugeant et en vaccinant 6,5 millions d’animaux. L’ONG apporte ainsi une contribution à la sécurité alimentaire de la population et participe à la lutte contre les causes d’émigration. « Nous coopérons avec des personnes dont les revenus reposent sur l’élevage et la fabrication de produits d’origine animale, ou du moins y sont liés », a déclaré une porte-parole de l’organisation. Les communautés villageoises, les groupes de femmes, les bergers, les coopératives de pêcheurs et les autorités locales demandent conseils aux vétérinaires, qui envoient dans les différentes régions plus de 1 300 assistants de la santé animale.

Vaccination de chèvres en Ethiopie © Vétérinaires sans frontières Germany/Christoph Gödan Agrandir l'image (© Vétérinaires sans frontières Germany/Christoph Gödan) Dans les régions les plus septentrionales de l’Ethiopie, le paysage est rude, composé de roche volcanique. Les gens y vivent dans des huttes circulaires traditionnelles. Ils demandent de l’eau aux visiteurs allemands lorsque ceux-ci arrivent : le point d’eau le plus proche est à sept kilomètres de là. Depuis la grande sécheresse, des camions gouvernementaux apportent dans les villages reculés de l’eau qu’ils déversent dans des citernes en béton. « Mais l’aide n’arrive pas partout », rapporte l’équipe. C’est pourquoi Vétérinaires sans frontières s’occupe non seulement de la vaccination des bêtes, mais aussi de l’approvisionnement en eau des habitants. Avec un « birka », un bassin en pierre pour retenir l’eau, les eaux d’écoulement peuvent être recueillies pendant la saison des pluies et conservées. La construction d’un tel bassin coûte 7000 euros. L’association soutient également la construction de canalisations, fait remettre en état les points d’eau défectueux et achète des systèmes de pompage fonctionnant à l’énergie solaire.

Dans une autre région, où vivent 80 groupes ethniques avec souvent des langues et cultures différentes, l’équipe a distribué des chèvres aux familles ayant perdu leurs bêtes en raison de la sécheresse  qui avait sévit deux mois avant l’arrivée de l’organisation. « Les chèvres et les familles sont en excellente santé et il y a même eu des naissances dans les petits troupeaux de chèvres », racontent les visiteurs, satisfaits des résultats.

Un autre projet de ces vétérinaires motivés et de tous ceux qui les aident : la préservation des sols. En effet, une forte érosion signifie la perte de précieux pâturages. Au sein de programmes appelés Cash-for-Work (travail contre rémunération), plusieurs centaines d’habitants d’une même commune travaillent main dans la main en ce sens. « Sur la crête d’une colline très clairsemée, on peut voir des murets à intervalles réguliers qui ralentissent l’écoulement de l’eau quand il pleut et permettent ainsi au sol d’absorber plus d’humidité. Dans quelques années, la colline sera couverte d’herbes et de buissons », explique Cornelia Heine à propos de l’un de ces projets.

L’organisation Vétérinaires sans frontières travaille depuis 1998 dans la Corne de l’Afrique. Son administration se trouve à Berlin. L’ONG a aussi un bureau régional central à Nairobi et d’autres bureaux plus petits en Ethiopie, au Kenya, en Somalie, au Soudan et au Soudan du Sud, ainsi que des succursales dans les régions où elle a des projets. En 2016, l‘organisation avait un budget de 6,7 millions d’euros, alimenté par des subventions du Fonds pour l’aide au développement de l’Union européenne, des Etats-Unis, de l’Australie et de Diakonie, une association caritative religieuse. Une partie des projets est également financée par les dons, qu’elle recueille par exemple lors de sa campagne annuelle de vaccination, à laquelle participent 1 250 vétérinaires allemands : un jour par an, ils font don de la moitié de leurs recettes obtenues par la vaccination d’animaux en Allemagne.

Traduction : Deutschland Magazin /Révision : Ambassade d’Allemagne

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