« L’analyse fait défaut »

3 nov. 2017

James Shikwati © Ludger Kersting Agrandir l'image (© Ludger Kersting) M. Shikwati, vous êtes un opposant à l’aide au développement. À l’initiative de la chancelière Angela Merkel, le G20 a choisi une nouvelle approche. Qu’en pensez-vous ?

La déclaration des chefs d’État et de gouvernement « Formons un monde interconnecté » formulée lors du G20 à Hambourg est un document très important, qui résume les plus grands défis auxquels le monde moderne doit faire face. Malheureusement, ce document révèle aussi l’état d’esprit qui sous-tend au G20 au sujet l’Afrique. On se concentre sur des propositions d’« aide » et sur la déclaration non quantifiée « Nous saluons la responsabilité qu’assument les pays africains envers eux-mêmes… ». S’agissant du partenariat avec l’Afrique, les migrations et la corruption sont notamment mises en avant, mais l’analyse fait défaut concernant l’influence des activités de certains membres du G20 sur ces sujets. Cette influence peut se traduire par exemple par un changement de gouvernement, une concurrence pour les ressources naturelles ou encore la manipulation des systèmes de l’économie de marché.


  • " La Chine a probablement analysé les faiblesses des approches occidentales en Afrique. "
    James Shikwati

 

La Chine a en Afrique une approche différente de celle des pays occidentaux. Qu’en pensez-vous ?

James Shikwati © Ludger Kersting Agrandir l'image (© Ludger Kersting) La Chine a probablement analysé les faiblesses des approches occidentales en Afrique, qui, par crainte des migrants venant en majorité d’Afrique, achète une stabilité artificielle en se cachant derrière le terme d’« aide au développement » et exporte son système de valeurs pour renforcer ses propres intérêts commerciaux. Jusqu’à présent, l’approche chinoise repose sur des négociations très dures et sur des accords, pas sur un altruisme de façade. À moyen terme, cela a permis aux Africains d’avoir plus de choix de coopérations internationales pour les grands projets d’infrastructure en Afrique. Les intérêts chinois ont créé une concurrence aiguë lors des appels d’offres pour les grands projets nationaux et internationaux. Ces nouvelles « guerres des appels d’offre » sont devenues un moteur lors des campagnes électorales et ont redéfini l’environnement politique, qui portait auparavant surtout sur le contrôle des matières premières et l’appartenance ethnique. Dès que les intérêts de la Chine auront atteint un certain niveau en Afrique, l’approche chinoise ressemblera vraisemblablement à celle appliquée par l’Occident depuis plus de 50 ans. À moins que l’Afrique ne profite des intérêts chinois et occidentaux pour accroître son importance sur le marché mondial…

 

Vous étiez récemment à la conférence « Start-up Africa – promouvoir l’économie africaine » de la Fondation Friedrich-Naumann à Bonn. Que conseillez-vous aux hommes d’affaires intéressés ?

Les start-ups n’attendent pas que les marchés les invitent à s’y implanter. Elles donnent elles-mêmes les impulsions et sont les premières à répondre aux besoins du marché encore ignorés par les acteurs traditionnels. Les hommes d’affaires intéressés devraient coopérer avec leurs confrères africains pour que se développe un environnement favorable aux affaires, c’est-à-dire un bon environnement sur le plan politique, législatif et administratif. Sans cela, les start-ups ne peuvent survivre. Les start-ups sont des employeurs importants en Afrique. Elles comblent les vides laissés par les services publics. Avec un système de brevet établissant des règles claires pour protéger la propriété intellectuelle, les hommes d’affaires ont la possibilité de coopérer avec des start-ups africaines pour harmoniser leurs activités avec les chaînes de valeur stratégiques et tirer profit des énormes opportunités qui s’offrent en raison de l’infrastructure médiocre, par exemple dans le secteur de l’énergie, de la sécurité alimentaire, de la santé ou de l’éducation.

 

Y-a-t-il déjà des exemples de réussite, peut-être d’une entreprise allemande ?

La société Mobisol Kenya est à l’origine une entreprise allemande. Elle propose avec succès des solutions énergétiques pour les unités d’habitations rurales qui ne sont pas connectées au réseau Kenya Power Electricity et pour celles qui y sont raccordées mais subissent des coupures de courant fréquentes. Le Kenya est un champ fertile pour les start-ups technologiques et non-technologiques apportant des solutions dans des domaines tels que la finance, l’agriculture, la logistique ou encore l’éducation.


James Shikwati est le directeur de l’Inter Region Economic Network au Kenya et un spécialiste du développement économique en Afrique ; c’est aussi un critique éminent de l’aide au développement.

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