Derrière les coulisses : avec Sigmar Gabriel en Somalie

4 mai 2017

  • Dans ses déplacements, le ministre fédéral des Affaires étrangères est également accompagné d’un ou d’une collègue de la rédaction Internet du ministère afin de permettre au public de le suivre, durant sa visite, sur ce site et dans les médias sociaux. Aujourd’hui, notre collègue parle de ses impressions bouleversantes derrière les coulisses d’un voyage inhabituel.


Le camp de réfugiés de Hilac en Somalie © Inga Kjer/photothek.de Agrandir l'image (© Inga Kjer/photothek.de ) Lorsque le cortège du chef de la diplomatie allemande traverse Baidoa sur une piste criblée d’ornières, le silence se fait de plus en plus pesant dans la voiture numéro deux. À travers les vitres blindées défilent plus de ruines que de maisons, et les barraques faites de zinc et de sacs en plastique s’enfoncent dans la boue rouge. Dans les montagnes d’ordures et de décombres, des chèvres effroyablement maigres recherchent des brins d’herbe, et des jeunes filles voilées chargées de fagots de bois pataugent dans le bourbier.  « Est‑on déjà au camp de réfugiés ? », demande le passager avant.

La misère dans les rues de Baidoa, une ville de 130 000 habitants, n’est pourtant que le début. La plupart des diplomates qui accompagnent Sigmar Gabriel ont déjà vu bien des choses dans le monde entier mais aucun des visiteurs n’est préparé à ce qui les attend après une traversée d’une demiheure de ce paysage urbain dévasté.

 

Des centaines de milliers de personnes risquent de mourir de faim

C’est la deuxième étape d’un déplacement peu ordinaire de Sigmar Gabriel. Jamais un ministre allemand des Affaires étrangères ne s’était jusqu’ici rendu en visite officielle en Somalie. C’est l’un des pays les plus dangereux au monde. Plus de vingt ans de guerre civile, de terreur et de déclin économique ont déchiré le pays. Les affrontements se poursuivent entre milices islamistes, chefs tribaux et forces gouvernementales. La sécheresse extrême fait en outre redouter une famine qui pourrait entraîner la mort de centaines de milliers de personnes dans toute la région.

Pour des raisons de sécurité, le déplacement du ministre allemand est tenu secret jusqu’à ce que la délégation ait quitté le pays. Des forces spéciales de la Police fédérale accompagnent à chaque pas Sigmar Gabriel et son équipe. Avant le décollage en Allemagne, les membres de la délégation reçoivent un briefing de sécurité.  La consigne du chef du commandement a été formelle : « Ne vous éloignez en aucun cas du groupe, même pas de cent mètres. » Avant de partir, en plus de leur taille de confection pour les gilets pareballes, tous les membres de la délégation ont dû communiquer leur groupe sanguin.

 

Mitraillette à portée de main

Un bimoteur blanc de l’ONU conduit Sigmar Gabriel à Mogadiscio, la première étape de son voyage. Les Nations Unies entretiennent une petite base militaire directement à côté de l’aéroport. Des casques bleus ougandais et des forces spéciales internationales surveillent par une chaleur écrasante le petit village de conteneurs.  

Pendant que Sigmar Gabriel s’entretient avec son homologue somalien, les journalistes qui l’accompagnent font un tour du village accompagné. Le blindage des véhicules est si épais qu’il faut utiliser les deux mains pour ouvrir les portières. Le chauffeur conserve en permanence sa mitraillette à portée de main, juste à côté du frein à main.

Après les entretiens politiques à Mogadiscio, le voyage se poursuit dans le sudouest du pays. De nombreux territoires de la région sont sous contrôle des milices.  Près de Baidoa, le chef de la diplomatie allemande tient à se faire une idée de la situation des habitants qui ont fui la faim et la violence régnant dans d’autres parties du pays.  Leur nombre dépasse un million dans toute la Somalie.

 

Pas de médecins, ni d’écoles, ni de travail

Une famille du camp de réfugiés près de Baidoa © Inga Kjer/photothek.de Agrandir l'image (© Inga Kjer/photothek.de ) En périphérie de la ville, le cortège couvert de boue s’arrête. À la descente de voiture, le ministre et les membres de la délégation s’enfoncent jusqu’aux chevilles dans la terre détrempée. Le sol d’argile rouge sert à accueillir des dizaines de milliers de familles de réfugiés. Sur cette terre rouge s’étendent à perte de vue des abris, pas plus hauts que la ceinture, construits avec des branchages et de vieux pans de tissu.  Les hommes, les femmes et les enfants accroupis par terre n’ont rien : ni soins médicaux, ni travail, ni école.

Aidé d’un interprète, le ministre essaie de leur parler. Une femme est accroupie devant sa tente, son bébé qui tousse dans les bras. Elle raconte au ministre qu’elle avait plusieurs bœufs mais qu’elle a perdu un animal après l’autre à cause de la sécheresse. Comme des milliers d’autres, elle ne survit plus que grâce aux secours livrés. Malheureusement, la situation ne cesse de s’aggraver. Chaque jour, le nombre de personnes qui, fuyant la famine, se réfugient dans des camps comme celui près de Baidoa, augmente.

 

L’Allemagne double le montant de son aide

Sigmar Gabriel a décidé de doubler l’aide fournie par son pays à la Somalie en la portant à près de 140 millions d’euros. Mais l’Allemagne ne pourra à elle seule sauver les Somaliens. « Une augmentation de l’aide internationale, voilà ce dont nous avons besoin de toute urgence ». Tel est l’appel lancé par le ministre allemand à la communauté internationale.

Lorsque le bimoteur quitte le tarmac à Baidoa, la mer de tentes disparaît lentement à l’horizon. Mais les images de la ville exsangue et de la détresse de ses habitants resteront sûrement gravées pendant longtemps encore dans la tête du ministre et de ses collaborateurs. 

 

Situation au 4 mai 2017

© Ministère fédéral des Affaires étrangères