De l’impossibilité

1 nov. 2017

Le ministre fédéral des Affaires étrangères Sigmar Gabriel au sujet du soutien à l’Académie Barenboim-Said. Article paru le 28 octobre 2017 dans le quotidien allemand « Tagesspiegel ».


Celui qui regarde en direction du Proche-Orient a peu de raisons d’espérer. Depuis plus de sept ans maintenant, l’embrasement se poursuit en Syrie, Israël est en partie entouré de pays qui sont en guerre avec lui, et le processus de paix au Proche-Orient entre Israéliens et Palestiniens piétine depuis bien trop longtemps.

Agir contre la haine et l’irréconciliabilité et opérer le rapprochement des hommes par la musique, tel est le but que Daniel Barenboim s’est fixé sa vie entière. « L’impossibilité est bien plus facile à gérer que la difficulté. » Cette phrase employée par Daniel Barenboim lorsqu’il avait fait halte à Ramallah avec le West-Eastern Divan Orchestra en 2005, reste gravée dans ma mémoire. Elle illustre parfaitement le courage de Daniel Barenboim et sa vision, qui est d’indiquer aux jeunes, à travers la musique, une autre voie que la haine et l’antagonisme.

Grâce au soutien du Bundestag, l’Académie Barenboim-Said a pu voir le jour, il y a un an, au cœur de Berlin. Cet endroit est unique au monde. Dans un lieu protégé, loin des foyers de crise, Daniel Barenboim donne à de jeunes étudiants arabes et israéliens la possibilité de jouer, apprendre et travailler ensemble, et de s’ouvrir ainsi aux perspectives de l’autre.

L’Académie Barenboim-Said symbolise donc à sa manière ce qui nous est important également dans la politique culturelle extérieure : fournir un travail culturel collectif et, à travers une création culturelle partagée, participer à l’émergence d’une société civile vivante.

La politique culturelle et éducative à l’étranger est, depuis Willy Brandt, partie intégrante de nos efforts de paix et de stabilité. Dans l’espace extérieur à la politique, le travail culturel prépare le terrain à l’entente politique. Nous avons besoin plus que jamais de ce travail culturel dans les périodes lourdes de conflits comme celles que nous vivons actuellement. C’est aussi pourquoi nous soutenons l’Académie Barenboim-Said en finançant des bourses.

Le grand homme d’État Shimon Peres, décédé il y a un an, préconisait de laisser derrière soi la confrontation et l’hostilité pour qu’Israël puisse un jour vivre en ami avec un État palestinien, notamment parce qu’il était convaincu que la paix ne naît « pas obligatoirement de l’amour, mais au contraire de la nécessité ». Œuvrer pour la paix au Proche-Orient est et reste pour nous une mission centrale de notre politique étrangère, également au vu de notre passé.

© Ministère fédéral des Affaires étrangères