Le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel et le chancelier fédéral autrichien Christian Kern à propos des sanctions à l’encontre la Russie par le sénat des États-Unis

16 juin 2017

Déclaration du chancelier fédéral autrichien Christian Kern (SPÖ) et du ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel (SPD) au sujet de l’adoption par le sénat des États-Unis d’un projet de loi concernant les sanctions contre la Russie (15 juin 2017) :


  • Depuis 2014, l’Europe et les États-Unis font preuve d’union et d’une étroite concertation partenariale face à l’annexion illégale de la Crimée et à l’attitude de la Russie dans l’est de l’Ukraine. C’était la seule réponse appropriée à un comportement russe qui met en jeu la paix et la sécurité en Europe et qui, pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, a enfreint de manière flagrante nos principes de l’inviolabilité des frontières en Europe.

    Pour résoudre le conflit en Ukraine, il est dans notre intérêt commun que l’Union européenne et les États-Unis agissent de manière cohérente et déterminée.

    Cependant, nous ne pouvons pas accepter la menace de sanctions extraterritoriales et contraires au droit international à l’encontre des entreprises européennes qui participent au développement de l’approvisionnement en énergie sur notre continent !

    De façon remarquablement claire, le projet de loi américain détaille ce dont il s’agit véritablement : vendre des gaz liquéfiés américains et éloigner du marché européen les livraisons de gaz naturel russes. L’objectif affiché est de sauvegarder des emplois dans l’industrie gazière et pétrolière aux États-Unis.

    Or, il faut s’abstenir de mêler instruments de sanction politiques et intérêts économiques. La menace de pénaliser les entreprises allemandes, autrichiennes et européennes sur le marché outre‑Atlantique si elles participent à des projets gaziers avec la Russie comme Nord Stream 2 ou à leur financement introduit une valeur totalement inédite et très négative dans les rapports entre l’Europe et les États-Unis. La compétitivité de nos industries grandes consommatrices d’énergie est en jeu, tout comme des milliers d’emplois. C’est pourquoi nous soutenons fermement les efforts de la part du département d’État visant à modifier ce projet de loi.

    L’approvisionnement énergétique européen est une affaire européenne, pas celle des États-Unis d’Amérique !

    Nous déterminons qui nous fournit de l’énergie et comment, selon les règles de la transparence et de la concurrence de l’économie de marché.

    Il serait non seulement hautement regrettable, mais aussi nuisible au regard de l’efficacité de notre position dans le cadre du conflit ukrainien, si nous n’agissions plus en commun et si des considérations externes, comme les intérêts économiques des États-Unis concernant les exportations de gaz, prenaient le dessus. Pas question de confondre intérêts diplomatiques et économiques ! Nous avons encore le temps et les moyens d’éviter une telle évolution.


© Ministère fédéral des Affaires étrangères